Dans l’empathie avec autrui, il est essentiel de rester dans le moment présent. Par exemple, si une personne vous parle des désagréments qu’elle subit régulièrement dans le métro avec des mendiants dans le métro, comment pouvez-vous l’aider ?

MendianteEn restant dans le moment présent. Sinon, vous risquez de courir après une bécasse, de ne pas trouver son besoin insatisfait et de ne pouvoir l’éclairer sur ce qui se passe en elle. Voici quelques réflexions sur ce sujet apparu lors de notre dernier groupe de pratique.

L’empathie selon Marshall Rosenberg

Je me souviens d’un séminaire à Lyon en 2006 où Marshall prenait le rôle du père d’une femme qui lui reprochait d’avoir tué son chat 20 ans auparavant. Marshall lui avait répondu ainsi :

Et encore maintenant, tu es en colère contre ton père qui a donné la mort à ton chat il y a 20 ans ?

Comme il le précise :

L’empathie est une qualité d’écoute et de présence à l’autre, à ses sentiments et à ses besoins, sans vouloir l’amener quelque part et sans souvenir du passé.

Ainsi, l’empathie ramène autrui à ce qui est vivant en lui, dans l’instant présent. C’est le premier besoin à couvrir quand une personne vous parle du passé. C’est une présence et un dialogue qui aide la personne à connecter ce qui est vivant en elle.

Exemple sur la mendicité

Reprenons notre exemple. B ne supporte plus les personnes qui la dérangent en jouant de la musique et qui font la manche dans le métro. Elle s’en plaint à K.

Premier dialogue orienté sur le passé

Voici un extrait d’un premier dialogue orienté sur le passé et plutôt vers les autres.

B : les SDF qui jouent de la musique avec un accordéon me mettent en colère.

K : tu subis la musique ? Il n’a pas le sens musical ?

B : Il enfile les thèmes, il bâcle.

K : tu préfères le silence à de la mauvaise musique ? Il ne va pas jusqu’au bout des choses ? Comment tu te sens ?

B : Curieuse.

K : tu as une demande ?

B : non. J’aimerais aussi parler des mamans qui viennent avec un petit papier, les geignardes.

K : Elle a besoin d’aide. Tu aimerais qu’on ait suffisamment de conscience collective pour voir qu’elle est dans le besoin ?

B : non.

K : Est-ce qu’il y a une partie en toi qui ne t’autorise pas à aller dans les lamentations ? Pourquoi tu ne te permets pas de te plaindre ?

B : j’ai du survivre.

K : tu ne t’autorises pas à te lamenter quand tu es en difficulté ? Comment tu te sens ?

B : désemparée.

Deuxième dialogue orienté dans le temps présent

E : encore maintenant, tu es remuée quand tu penses à ce qui s’est passé dans le métro ?

B : oui.

E : maintenant es-tu plutôt triste ou en colère ?

B : en colère vis-à-vis d’eux et triste à propos de moi.

E : Es-tu triste de ne pouvoir plus contribuer au bien-être de tes semblables ?

B : Oui, j’aimerais le faire et je n’aime pas être dérangée.

E : aimerais-tu aussi être en paix avec ton attitude passée et te dire que tu as fait du mieux que tu pouvais ?

B : oui.

E : y aurait-il autre chose que tu puisses faire pour être en paix pendant ou après ton voyage en métro ?

B : Me dire que j’ai fait du mieux que j’ai pu est ce qui me convient le mieux.

Le besoin est différent

Le premier dialogue est plutôt orienté vers le passé et vers les besoins de l’interlocutrice et des autres intervenants. Il n’est pas orienté sur le moment présent et le besoin actuel.

La conséquence est qu’il est alors très difficile de trouver le besoin du moment et de s’appuyer sur ce qui est vivant dans le moment présent, sur une ressource redonnant de l’énergie.

Quelques points clés à retenir

Voici quelques conseils si vous voulez rester dans le moment présent…

  • Revenir au temps présent en permanence. Usez et abusez du mot “maintenant”, sans insister sur le “ici et maintenant” cher aux gestalt thérapistes.
  • Les émotions peuvent vous aider : “hier tu étais en colère. Aujourd’hui, tu es plutôt triste de t’être comporté ainsi”. Vous aidez ainsi la personne à prendre du recul sur son attitude.
  • Faites préciser l’intention si vous pouvez : “tu me demandes maintenant à t’aider à explorer ce qui est vivant en toi quand tu penses à ce qui s’est passé ?”

Restez sur les besoins de votre interlocuteur. Si vous allez dans le passé, vous pouvez trouver deux besoins en “compétition” et apparemment contradictoires. A l’intérieur de chaque personne existe une hiérarchie des besoins. Un besoin important a été respecté, qui justifie l’attitude passée (besoin de silence ou de sécurité dans notre cas). Un autre besoin, moins important, n’a pas été respecté (expression ou contribuer au bien-être d’autrui) et entraîne un regret sur le passé. Faire émerger ce choix passé peut alors rassurer la personne dans le moment présent sur son attitude passée.

Un journal de bienveillance célébrant les besoins non respectés peut aider à acquérir cette paix intérieure et cette bienveillance vis-à-vis de soi.

Si vous avez d’autres suggestions, je suis preneur.

En conclusion, vois ce qui est vivant en moi

Marshall Rosenberg aime à chanter une chanson “See me beautiful” que l’on peut traduire “vois ce qui est vivant en moi”. Avec des sous-titres en chinois…

See me beautiful
Look for the best in me
Its what I really am
And all I want to be
It may take some time
It may be hard to find
But see me beautiful

See me beautiful
Each and every day
Could you take a chance
Could you find a way
To see me shining through
In everything I do
And see me beautiful

Pour aller plus loin

Deux livres essentiels…

Si vous avez des remarques, laissez-moi un commentaire.