Nous pensons souvent avoir un besoin de comprendre alors que nous avons besoin d’empathie. Comme un petit enfant, même s’il se cache derrière des lunettes noires ou à la mode.


Illustrons la situation, sûrement fictive, d’une personne (vous) face à une personne silencieuse (l’autre). Utilisons dans un premier temps une communication “spontanée” et, dans un deuxième temps, une communication bienveillante, orientée vers les besoins.

Quel est le besoin insatisfait ? Comment réagir ?

Supposons que votre compagnon reste silencieux pendant un temps qui vous paraît interminable, 5 minutes ou 3 jours, selon le cas. Vous pouvez réagir en l’accusant. Voici un exemple :

Arrête de me faire la tête. Il serait temps que tu consultes un psy pour te soigner et que tu puisses enfin montrer tes émotions. Quand je suis avec toi, je suis face à un mur.

Vous trouvez que j’exagère ? J’ai pris du plaisir à m’exprimer ainsi. Je me “lâche” et vous pouvez en faire autant… par écrit ou par oral si votre interlocuteur a le sens de l’humour ou de l’empathie très développé. Si vous voulez vraiment enclencher une discussion orageuse, ajoutez une question fermée innocente :

J’ai l’impression que tu ne m’aimes plus. Tu m’aimes vraiment ?

D’une manière générale, vous aurez peu de chance de favoriser la connexion ainsi. Alors, prenez une grande respiration, faites une pause… et plongez dans vos besoins indispensables et vitaux qui ne sont pas satisfaits par ce silence.

Quelques besoins

Abordons quelques besoins dont celui de comprendre…

Besoin de comprendre ?

Le premier besoin qui vient souvent à l’esprit est celui de la compréhension.

Tu restes silencieux depuis une demi-heure et j’aimerais comprendre pourquoi.

C’est alors que votre interlocuteur, plongé dans un roman passionnant vous répond : “je me demande comment le héros va s’en tirer. Il est coincé entre Dark Vador et Tintin et n’a plus que 10 cartouches. De plus, sa belle n’arrête pas de lui poser des questions alors qu’il n’a plus que 30 secondes pour arrêter le compte à rebours de la bombe neutrogénique.” Vous êtes satisfait par sa réponse ? Pas vraiment. Alors quel est votre besoin insatisfait ?

Besoin de soutien ?

Vous êtes en colère quand une ou la personne que vous aimez reste silencieuse ? Peut-être avez-vous besoin de retrouver une paix intérieure et de soutien pour traverser cette épreuve difficile ? Alors, testez cela :

Quand tu restes silencieux pendant 3 jours et 3 nuits, je suis irritée et j’ai besoin de soutien pour retrouver une paix intérieure. Qu’est-ce que cela te fait quand je te dis cela ?

Peut-être que votre interlocuteur lâchera ses manettes vidéos pour vous adresser la parole. Vous favorisez ainsi la connexion. Mais, peut-être existe-t-il un besoin encore plus profond. Pourquoi rester avec une personne qui préfère passer sa vie sur un jeu vidéo plutôt que d’échanger avec vous ?

Besoin d’avoir confiance dans la relation ?

Alors, prenez une grande respiration et abordez le sujet qui vous tracasse.

J’ai besoin d’avoir confiance dans la vie et dans notre relation. Quand nous restons tous les deux dans le silence pendant plusieurs semaines, je suis triste car je n’ai plus confiance. Est-ce que tu serais d’accord pour aborder le sujet en toute tranquillité ?

Le jackpot ? En tout cas, vous avez plus de chance de vous connecter à ce qui est vivant chez votre interlocuteur. Vous osez dire, vous précisez votre intention en respectant un besoin de paix éventuel de votre interlocuteur qui préfère se taire plutôt que de se perdre dans d’interminables discussions qui finissent après minuit.

Besoin d’empathie ?

Dans les 2 derniers cas, vous montrez votre vulnérabilité et votre besoin d’empathie. Vous lui dites simplement…

Je me sens mal et j’aimerais en discuter avec toi, te dire ce qui est vivant en moi. J’ai besoin de toi.

Vous montrez que vous êtes responsable de votre vécu et de vos sentiments. Maintenant, supposons que vous soyez “le persécuteur”, que votre interlocuteur, en colère, vous fasse des reproches sur le passé.

Et si vous êtes en face de quelqu’un qui vous fait des reproches sur le passé ?

Retenez la leçon, favorisez l’empathie sur la compréhension par cette simple question :

Veux-tu encore me dire quelque chose avant que je ne te réponde ?

Supposons que votre interlocuteur, votre fille, vous reproche d’avoir tué un petit chat quand elle avait 10 ans et vous 40, il y a 20 ans de cela.

Tu n’as pas honte d’avoir tué de tes propres mains un chat sans défense il y 20 ans, le jour de mes 10 ans ? J’aimerais comprendre comment tu en es arrivé là !

Ne répondez surtout pas à son besoin de compréhension et faites preuve d’empathie ! Revenez dans le moment présent, soyez à l’écoute de ce qui est vivant en elle :

Tu es toujours en colère maintenant contre ton père qui a noyé un chat le jour de ton anniversaire ?

Et continuez jusqu’à ce que le sac à reproches ou froidpiquants soit vide…. 

Veux-tu encore me dire quelque chose avant que je ne te réponde ?

Alors seulement, quand elle vous dira qu’elle n’a plus rien à dire, vous pourrez répondre au besoin de compréhension de votre interlocuteur, comme j’ai vu Marshall Rosenberg le faire en formation de Communication Non Violente.

Je suis content maintenant de pouvoir te répondre facilement. Il y a 20 ans, je n’étais pas le même qu’aujourd’hui et je n’avais pas conscience de la peine que je pouvais susciter par mon acte. J’aurais aimé agir différemment, en parler avec toi pour peut-être trouver une autre solution. Mais j’avais des pensées confuses et je tenais trop à ma paix intérieure. Je voulais consacrer tout mon temps à mon travail pour faire vivre ma famille. Je suis content de pouvoir en parler avec toi maintenant.

Ainsi, vous répondez au besoin de compréhension… Après avoir pris le temps de la connexion et de l’empathie.

Quelques origines systémiques

Vous pouvez être en colère pour plusieurs raisons, personnelles ou systémiques.

  • Personnelles si vous avez vécu un trauma, une relation précédente non résolue, si un membre de votre fratrie est mort ou disparu ou un avortement avec lequel vous n’êtes pas encore en paix.
  • Systémiques si une femme est morte en couches, si vos parents ont perdu des frères ou des soeurs, des parents, des enfants.

Les émotions sont des patates chaudes et peuvent provenir d’autres personnes. Faites un tour du côté des constellations familiales pour être en paix avec votre famille ou de l’EMDR pour être en paix avec votre passé.

En résumé… Oser dire sa vulnérabilité

Prenez le temps de faire une pause, de chercher vos besoins cachés derrière la compréhension. Et surtout, osez dire et montrer votre vulnérabilité. Vous le valez bien. Si vous n’êtes pas convaincu, vos besoins de paix, de confiance dans la vie le valent bien. Alors, faites-le pour eux.

Pour aller plus loin

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