Lors d’une première séance d’un atelier d’écriture, mon cœur s’est mis à battre quand l’animatrice me fit ses remarques à propos de ce que j’avais écrit. J’avais l’impression de me retrouver à l’école, en cours de français et ne comprenais pas pourquoi. Heureusement, j’ai découvert en groupe de pratique de CNV mon besoin sous-jacent insatisfait : un besoin de légèreté !!!Le besoin de légèretéVoici un article consacré à ce besoin difficile à contacter en certaines circonstances dites “tragiques” ou face à des personnes qui vous brandissent un statut de victime, qui vous persécutent en faisant appel à leur bonne conscience ou qui veulent sauver le monde, plus ou moins consciemment.

Un atelier d’écriture manquant de légèreté

La semaine dernière, je suis allé dans un atelier d’écriture où nous étions 6 débutants…

  • Après nous avoir demandé ce qui nous plaisait dans l’écriture (pour moi, c’était le plaisir, la créativité, le partage), l’animatrice nous a demandé d’écrire sur le thème “la première fois que”.
  • Ayant terminé le premier, elle me prit à part et me demanda : “vous êtes ok que je fasse des remarques d’un point de vue littéraire ?” Machinalement, je dis oui, ne comprenant pas véritablement sa question.
  • Je ne comprenais pas non plus la suite de son discours, quand elle me disait qu’il fallait “suggérer”. J’ai beaucoup de réticences avec l’écriture telle que je l’ai vécue à l’école, sans modèle ou exemple, sans petits exercices, sans synthèse, sans dire ce qui est important et ce qui ne l’est pas, récoltant juste une note qui ne m’a jamais aidé. J’étais beaucoup plus à l’aise en mathématiques, où j’avais du plaisir à comprendre l’objectif et où des exercices sont proposés. Et je me retrouvais la même situation : pas de structure, pas de bienveillance, pas de soutien…. J’ai essayé en vain de lui faire passer mes besoins et mes attentes. Elle me répondit qu’elle ne donnait pas de modèle et, comme nous chuchotions pour ne pas déranger les autres personnes qui continuaient à écrire, je n’avais plus envie d’approfondir le sujet avec elle.
  • En me remettant à la table pour un deuxième exercice d’écriture, mon envie avait totalement disparu et je lui ai fait part de mon désir de partir.

Lors de l’entretien, j’avais identifié deux besoins que je savais important chez moi, ceux de structure et de plaisir, mais je n’avais pas touché celui de légèreté. Je ne l’avais pas assez cultivé, que ce soit dans mon enfance ou aujourd’hui.

Se sentir léger en toutes circonstances

Se sentir léger est primordial et nous n’avons pas souvent vécu ou chéri ce besoin, que ce soit enfant ou adulte. Comme le dit Joseph Campbell, “Participate joyfully in the sorrows of the world. We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy.

Participez avec joie aux douleurs du monde . Nous ne pouvons pas guérir le monde de ses douleurs, mais nous pouvons choisir de vivre dans la joie.

Je me sens léger quand j’ai confiance dans la vie, que je sais que le calme vient après la tempête, quand je ris avec une personne, quand j’évoque des souvenirs passés qui m’ont fait progresser dans la vie, quand je viens de faire le ménage chez moi. Dans ce cas, je me sens plus… léger, insouciant et content de la vie. Voici quelques circonstances où ce besoin de légèreté risque de ne pas être satisfait :

  • A l’école : sentez-vous léger quand vous n’arrivez pas à suivre le cours ou quand vous pensez que vous ne ferez rien de votre vie si vous ne réussissez pas à l’école. Je m’amuse souvent à penser aux études scientifiques approfondies que j’ai faites (Bac + 6) dans des séances de médiation ou de thérapie. La vie est souvent plus légère que ne le sont nos pensées négatives à propos d’elle.
  • En passant un examen. “Ce n’est pas la mort” m’a dit une cliente récemment. Acceptez de ne pas réussir vos examens et de grandir en apprenant.
  • Au cinéma : acceptez d’être léger quand un film vous touche. Les histoires et les films forcent souvent le trait et vous mettent dans une situation d’impuissance. Vous avez le droit d’être léger, même quand on vous raconte des histoires tristes.
  • Face à la mort d’autrui : vous ne pouvez changer le destin d’une personne morte, c’est trop tard. Célébrez plutôt la vie des vivants. Toutes les vies ont le même poids, que ce soit celle d’un sans-abri, d’un journaliste ou d’une personne dont le corps repose au Panthéon ou aux Invalides.
  • Face à sa propre mort : celle-ci est bienveillante. Acceptez de la regarder en face et d’avoir le cœur léger.

Il est quelquefois plus difficile de se sentir léger face à autrui, surtout s’il vit un scénario perdant et joue avec vous.

Se sentir léger avec autrui, qu’il soit victime, sauveur ou persécuteur

La manière dont nous réagissons par rapport aux dynamiques de victime, persécuteur ou sauveur provient souvent de la relation entretenue avec nos parents, inventant une stratégie le plus souvent enfantine. Soignez votre besoin de légèreté face à de tels comportements : cela vous évitera de tomber dans le piège du jeu tel que décrypté par Eric Berne.

  • Face à une victime : quelqu’un se plaignant de sa condition sans exprimer de demande précise cherche, en réalité, à “pomper” votre énergie. S’il pleure les yeux fermés ou en regardant au ciel, aidez-le à formuler sa demande, ce qu’il attend de vous. Si vous n’y arrivez pas, partez… le cœur léger et en vous sentant innocent de son état.
  • Face au sauveur de la victime : si quelqu’un veut sauver autrui, sentez-vous le cœur léger de refuser sa demande de trouver une solution pour sauver sa victime. Recentrez-le sur son besoin du sauveur de contribuer au bien-être d’autrui. Ne suivez surtout pas sur son discours sur la victime qui se sent mal et qu’il faut absolument aider. Cela s’appelle une bécasse, un faux oiseau que vous risquez de suivre si vous pensez à la victime absente et non au sauveur présent en face de vous.
  • Face à un persécuteur faisant appel à sa bonne conscience : vous l’avez peut-être vécu enfant quand vos parents se mettaient en colère en vous reprochant votre comportement, ce que vous lui avez dit ou à un professeur vous reprochant une erreur. Ils font alors appel à une règle “inhumaine” et à leur bonne conscience pour vous persécuter, vous rendant responsable de leur état. Comme le dit Ronald Laing :

 Comment oses-tu être heureux alors que Jésus s’est sacrifié pour toi ?

Sentez-vous donc innocent et le cœur léger quand quelqu’un vous reproche d’être malpoli, de ne pas avoir dit bonjour, de ne pas ranger vos affaires ou de ne pas respecter une minute de silence…. Le problème est chez lui et non chez vous. C’est à lui de se sentir responsable de son beau besoin d’ordre ou de respect mutuel et de vous demander d’y contribuer avec bienveillance.

  • Face au persécuteur défendant une supposée victime : ce cas est perturbant et j’y ai consacré un article, y étant fréquemment confronté pendant mes stages. La personne vous reproche ce que vous avez fait ou dit à un tiers, le plus souvent quelque temps après, ce qui fait que ni lui, ni vous ne vous en rappelez. En réalité, il rêvait de prendre votre place et pense qu’il se serait mieux débrouillé que vous, n’osant toutefois pas intervenir. Revenez alors dans le moment présent en vous sentant le cœur le plus léger possible vis-à-vis de ce que vous avez fait ou dit en demandant une suggestion à ce sauveur / persécuteur masqué.

 Vous avez compris ? Soignez votre besoin de légèreté à tout moment et en toute compagnie.

Soignez votre besoin de légèreté

Sentez-vous léger, même si vous avez mauvaise conscience. Ce mot est souvent choisi pour critiquer une personne : “la légèreté sous Paris”, “l’insoutenable légèreté de l’être” ou des mœurs légères. Sentez-vous léger, vous avez le droit. En ces temps d’appel à des minutes de silence ou des marches silencieuses, soignez ce besoin, même si vous vous sentez coupable d’être heureux, de vous sentir en vie, d’être en paix avec votre passé.

Clarifiez l’objectif pour contrer la violence de l’araignée, qui cache l’information pour mieux vous attraper dans sa toile. Dans mon cas, l’animatrice n’avait pas clarifié les règles et c’est pour cela que j’étais aussi perdu. Il est fondamental, dans un groupe, de définir les besoins de chacun et de clarifier l’objectif commun du groupe.

En conclusion, clarifiez l’intention de votre interlocuteur et sentez vous libre de ne pas répondre à ses demandes, même si vous avez mauvaise conscience. Il est préférable de rire pendant 5 minutes plutôt que de se taire ou de faire grise mine ou actes de contrition. Comme le dit Marshall Rosenberg :

S’il te plaît, répond à ma demande seulement si tu peux le faire avec la joie d’un enfant donnant à manger à un canard affamé. Ne répond pas à ma demande si tu as peur d’être puni si tu ne le fais pas. Ne répond pas à ma demande si tu penses que je t’aimerai plus. Ne répond pas à ma demande si tu te sens coupable si tu ne le fais pas. Ne répond pas à ma demande si tu as honte de ne pas le faire. Ne répond pas à ma demande si tu le fais par devoir ou par obligation.

Pour aller plus loin

Quelques lectures…

 Si vous avez des remarques, laissez-moi un commentaire.