Quand une mère vous dit : “Tu sais, ma fille se comporte toujours mal à l’école”, vous avez 2 réactions possibles. La première est de “suivre la bécasse” et de poser des questions à propos de la fille, de dire “Ah, qu’est-ce qu’elle a encore fait ?” et d’encourager ainsi la mère à parler de sa fille et non d’elle-même. La deuxième est de chercher le besoin caché de la mère, ce qui demande doigté et ténacité.

becasse(Le dessin vient d’un site de coloriage d’animaux en ligne.)

Dans notre groupe de pratique, nous avons cherché le besoin caché de 2 bécasses. Et le résultat fut étonnant. C’est le même !!!

C’est difficile avec ma fille, elle redouble sa 3e.

Voici le dialogue “bienveillant” et allégé de B envers la mère… A. Les besoins sont écrits en gras et quelques phrases importantes sont écrites en italique.

B : Tu as besoin d’être en paix par rapport aux études de ta fille ?
A (la mère) : Oui, mon mari est parti à son ashram et ça bouge dans ma tête.
B : Tu as besoin de clarté et de savoir ce qui est important pour toi, de retrouver une sérénité.
A : Oui. Tout seul, je me sens démunie et j’ai besoin de conseil.
B : Tu as besoin de soutien dans la résolution ?
A : Oui, et dans l’évaluation de son problème.
B : Si tu es d’accord, j’aimerais te proposer des solutions, mais j’aimerais connaître auparavant l’état de la relation avec ta fille.
A : On ne se parle pas… Ce n’est pas apaisé, c’est très perturbée. Dès que je lui dis quelque chose elle le prend mal.
B : Est-ce que tu serais d’accord pour chercher une connexion avec ta fille, en te donnant du temps à passer avec elle régulièrement ?
A : Oui, je souffre de cette situation, mais cela lui est égal. Elle me répond de manière violente et je me sens démuni.
B : Comment pourrais-tu nourrir ou rétablir cette connexion ? Au fond, tu as besoin de contribuer à son bien-être ?
A : Ta solution de se voir régulièrement, pour voir comment on est l’un par rapport à l’autre me parait intéressante si ma fille est d’accord.
B : Aurais-tu d’autres solutions en tête, pour exprimer tes besoins, de connexion et de lui proposer des moments d’échanges.
A : Oui, si elle est d’accord. Je préfère être dans la connexion plutôt que dans le jugement.
B : Si tu arrives à exprimer tes besoins à ta fille, c’est possible qu’elle te réponde en respectant son besoin d’autonomie en disant “non, je n’ai pas envie”. Tu serais OK avec cela ?
A : Comme je suis sa mère j’aurais du mal à l’accepter, mais je peux envisager cette possibilité.
B : Oui, qui permettrait de respecter son besoin d’autonomie.
A : Oui, ado, c’est difficile dans les relations mère-fille.
B: Veux-tu ajouter autre chose à cet échange ?
A : Non, je pense que l’on a bien balayé les différentes possibilités. Je me sentais figée, maintenant je me sens plus en paix.

Vous avez ainsi les différents besoins successifs : paix ou sérénité, soutien, et connexion. De plus, B, après avoir reformulé les différents besoins, a proposé une solution, et, en précisant le besoin d’autonomie de la fille, aidé la mère à être empathique avec sa fille.

Mon frère a des idées bien arrêtées

Voici le 2e dialogue. Les besoins sont en gras et les “il” (la bécasse) en italique. Appréciez le dialogue de B pour revenir aux besoins…

A : je n’arrive pas à agresser mon frère, à lui exprimer mon désaccord.
B : il est très dominant… (B s’est laisser aller à courir après la bécasse).
A: Il a des prises de position, des idées bien arrêtées. Si je veux la paix, j’opine du bonnet et je ne lui ai pas dit mon mal-être.
B: c’est important pour toi d’exprimer ce que tu vis.
A : je lui ai écris, mais dès que cela le fait suer, il ne répond pas.
B : tu as besoin de dire quelque chose à ton frère ?
A : il faudrait qu’on arrive à se mettre en connexion.
B : tu as vraiment besoin de te connecter avec lui ?
A : la situation est bloquée, il faudrait qu’on arrive à s’expliquer le plus franchement possible. Il est possible qu’il la bloque tout de suite. Je voudrais sortir de la façon de fonctionner actuelle.
B : tu aimerais échanger avec lui dans un climat de paix ?
A : j’ai la paix mais je n’ai pas réussi à m’exprimer. J’ai la paix sans résoudre le problème. Il ne va pas être content et risque de botter en touche si je lui pose vraiment les problèmes, pourquoi il n’a pas répondu à mes lettres.
B : en quoi c’est important pour toi qu’il réponde à tes lettres ?
A : Il faudrait qu’il tienne compte de ce que je dise. Quand je fais appel à lui, il botte en touche. Je lui ai demandé des informations. Quand je ne les ai pas, je gamberge dans ma tête.
B : Tu serais OK pour que je résume ?
A : Oui.
B : tu as un besoin de clarté pour dire ce que tu penses et agir éventuellement. Et un besoin d’équilibre dans ta relation qui se traduit par une égalité dans l’échange d’informations. Tu veux ajouter autre chose ?
A : je me rends compte que je dois être calme lors de notre prochain entretien téléphonique.
B : tu serais OK pour l’appeler et de lui dire que c’est important pour toi  d’avoir de la clarté et d’exprimer tes besoins quand tu auras certaines informations.
A : oui.
B : et peut-être aussi que ton frère pourrait ne pas honorer tes besoins de clarté et d’expression
A : je le vivrais bien avec mais je serais déçu .
B : tu serais aussi capable de lui exprimer ta déception ?
A : oui.

Nos besoins étaient la clarté, l’expression et la connexion. Comme dans le cas précédent, B a préparé A à une réaction négative du frère tout en étant centré sur lui-même. De plus, A résume la situation, comme en entretien motivationnel (cf. la bibliographie).

La réaction de A après la réunion fut :

Je vous renouvelle ma gratitude pour les échanges d’hier soir. Je sentis un bel apaisement à la fin.

Courez donc après le besoin de connexion

Ainsi, quand une personne vous parle d’autrui, elle exprime inconsciemment son besoin de connexion avec elle. Courez après ce besoin et non après la bécasse.

Pour aller plus loin

Trois articles sur ce blog :

Quatre livres

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