Comment réagir quand quelqu’un vous fait cette déclaration, souvent de manière décalée dans le temps ? Comment réagir de manière bienveillante quand elle vous reproche un comportement passé ? Un peu comme l’archange Michel pesant les âmes le jour du jugement dernier, un mini-jugement en attendant l’ultime ?

JugementDans un article précédent, nous avons abordé les bécasses, quand une personne vous parle d’un tiers absent. Dans celui-ci, votre interlocuteur vous implique dans le vécu du tiers absent.D’où l’importance de soigner vos besoins…

Nous commencerons par 3 exemples vécus pour planter le décor, expliciterons la dynamique “victime, persécuteur et sauveur” en trois temps avant d’explorer les besoins insatisfaits chez les 3 protagonistes de cette histoire qui risque d’être sans fin si vous n’osez pas aller dans les besoins personnels de chacun.

Trois exemples personnels

J’ai souvent été confronté personnellement à ce type de réaction, peut-être parce que je parle “beaucoup” ou que j’ose dire. Voici 3 exemples vécus récemment…

  • Un “ami” me reproche de ce que j’ai dit à sa copine 2 mois plus tôt lors d’un dîner où il était présent. Il ne se souvient pas de ce que j’ai dit, mais des reproches que sa copine lui a fait récemment.
  • Une “amie” me demande de faire preuve de bienveillance et de respect mutuel en arguant que j’ai dit, 3 mois plus tôt, à un client “arrête de parler de ton passé”. Elle-même était présente à cette réunion.
  • Un prescripteur me dit qu’il ne m’enverra plus de monde car j’ai dit une semaine plus tôt, à l’une de ses clientes qu’elle risquait de mourir à 37 ans, comme sa grand-mère maternelle dont elle veut prendre la place.

Nous retrouvons notre bonne vieille dynamique “victime, persécuteur et sauveur”. Au nom de sa bonne conscience, une personne devient persécutrice d’une autre sous prétexte d’en sauver une 3e, absente du dialogue. A qui appartient le problème ? Au Sauveur ! Donc nous chercherons son besoin tragiquement inexprimé…

Une valse en 3 temps

Nous retrouvons notre triplet “victime, persécuteur et sauveur” se déclinant en 3 temps.

Triangle

1. Dans un premier temps, le P (persécuteur présumé) dit quelque chose à V (la victime), en présence ou non de S (le sauveur). A cet instant, souvent, S ne dit rien.
2. Dans un deuxième temps, facultatif, V dit à S ce que P lui a dit. C’est ici que l’on retrouve notre bécasse. Car S pourrait chercher alors les besoins de V et non passer au 3e temps; courir aller voir P au nom de la justice, de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas.
3. Enfin, dernier temps, S reproche à P ce qu’il a dit à V, quelquefois des mois plus tard, en insistant sur “V a très mal réagi à ce que tu lui as dit”. Quelquefois, il peut même ajouter “Comment, tu ne t’en souviens même pas ?”

Qu’est-ce qui motive le comportement du Sauveur ? Et quels sont les besoins qui risquent d’être insatisfaits chez P quand S lui fait des reproches décalés dans le temps ? Nous l’avons exploré lors de notre dernier groupe de pratique CNV.

Les besoins du “sauveur-persécuteur”

Qu’est-ce qui le motive à agir ainsi ? Quels sont ses besoins cachés ? Nous en avons exploré plusieurs :

  • Un besoin de contribuer au bien-être de la “victime” ? Cela peut être une piste. Se sentant impuissante et ne disposant pas du recul nécessaire pour intervenir, par peur “d’oser dire” et ne se sentant pas en sécurité émotionnelle face à une personne qui se plaint d’une autre (voir l’article sur la bécasse).
  • Un besoin d’expression face au “persécuteur” ? J’ai déjà vu le cas. C’est une manière de justifier sa colère alors que l’objectif est une demande ou un remerciement dont on n’ose pas dire le nom.
  • Un besoin de sentir innocent. Et oui, j’improvise et je sais que ce besoin n’existe pas… Ce peut-être une reprise de la colère de la victime contre le “sauveur” qui ne l’a pas aidé au moment initial, le premier temps. Comme la “victime” n’ose pas demander de l’aide au “sauveur” quand le “persécuteur” a fait la déclaration initiale, elle lui envoie une bécasse, que le “sauveur” s’empresse de suivre. Vous me suivez ?

Comme vous le voyez plusieurs pistes peuvent être poursuivies, au passé comme au présent. Restons dans le présent pour rester dans l’action. Que veux réellement S ? S’il est plus en paix après avoir parlé, c’est que son besoin d’expression était le plus important. La plupart du temps, c’est ce qui lui a manqué quand il était présent lors du premier temps, quand P a dit quelque chose à S. Il n’a pas osé dire et se rattrape plus tard.

Les besoins du “persécuteur”

Étant souvent placé dans ce rôle, la séance m’a permis de découvrir que mon besoin le plus important était celui de bienveillance, de me sentir innocent de la réaction de S. Paradoxalement, le sauveur réclame de la bienveillance pour la victime en n’en faisant pas preuve vis-à-vis d’autrui. Sa croyance sous-jacente est que les états d’âme de la victime sont dus à ce qu’a dit P et non aux besoins insatisfaits de V et fait inconsciemment passer le message à P qu’il est responsable de son état. P pourrait alors ainsi réagir, s’il veut prendre soin de son besoin de bienveillance.

Je voudrais, avant de te répondre, vérifier que tu es d’accord avec moi que chacun est responsable de ses sentiments, et que je ne suis la cause ni de ses sentiments, ni des tiens.

Ou…

Je suis d’accord pour continuer la conversation si chacun parle de ses propres sentiments et besoins. Qu’est-ce que cela te fait quand je te dis cela ?

Le besoin de bienveillance comprend aussi le fait de se sentir innocent des réactions d’autrui. “Ce qui peut vous faire vivre beaucoup plus longtemps”, dit Marshall Rosenberg, qui possède une technique très moderne pour ne pas entendre de critiques, seulement l’expression tragique des besoins insatisfaits.

Les besoins de la “victime”

Bien qu’elle soit absente du 3e temps, nous pouvons nous y arrêter un instant. De quoi a-t-elle besoin ? Voici quelques hypothèses…

  • De sécurité. Peut-être a-t-elle besoin de se sentir en sécurité pour pouvoir s’exprimer ?
  • D’expression. A-t-elle osé dire ? Si elle est restée muette, c’est peut-être pour cela qu’elle va demander du soutien à autrui en se plaignant du comportement d’autrui.
  • D’aide et de soutien. Souvent, la victime n’ose pas demander de l’aide. Alors, elle se plaint ou se met en colère.
  • D’empathie. Finalement, la victime est supposée être éloignée de ses sentiments si elle cherche de l’aide. Elle a donc surtout besoin d’empathie, que quelqu’un l’aide à être plus proche de ses besoins, ce que ne réussit pas à faire S, s’il court après la bécasse.

Voici un schéma final récapitulant les besoins importants de chacun, l’expression du Sauveur, la bienveillance du Persécuteur et l’empathie de la Victime.

Triangle2

Si vous avez d’autres idées de besoins insatisfaits, je suis preneur.

Pour aller plus loin

Trois livres…

Si vous avez des remarques, laissez-moi un commentaire.