Faites-vous partie des personnes qui pensent qu’il faut s’excuser après avoir commis un acte que vous regrettez ?CoupableMarshall Rosenberg le déconseille fortement car les excuses sous-entendent la notion de culpabilité. Il conseille à la place de faire le deuil. Illustrons ce propos par un exemple précédé d’un peu de théorie touchant à la PNL et à l’équilibre prôné par Bert Hellinger.

La position de Marshall Rosenberg

Tout d’abord, voici un extrait du livre de Marshall Parler de paix dans un monde de conflits : La communication non-violente en pratique.

La Communication Nonviolente nous montre une grande différence entre faire le deuil et les excuses. Les excuses font fondamentalement partie de notre langage violent. Elles impliquent la faute – que tu devrais être blâmé, que tu devrais expier, que tu es une personne terrible pour ce que tu as fait – et quand tu acceptes d’être une personne horrible et quand tu as suffisamment expié, tu peux être pardonné. Désolé fait partie de ce jeu que si tu te détestes assez, tu peux être pardonné, vous comprenez.

Ainsi, Marshall insiste sur l’absence de jugement sur soi. Nous faisons toujours du mieux que nous pouvons. En agissant, nous avons rempli un besoin.

L’échelle des besoins

Si nous sommes triste en pensant à ce que nous avons dit ou fait, cela signifie simplement qu’un de nos besoins, souvent celui de contribuer au bien-être d’autrui, n’a pas été rempli. Nous avons donc 2 besoins, l’un qui a été satisfait par notre comportement, l’autre, insatisfait, et qui nous rend triste a posteriori.

Comme il est important de rester dans le moment présent, et qu’il est impossible de changer le passé, le plus simple est de faire le deuil de ne pas avoir pu satisfaire ce deuxième besoin. Sweet pain, comme le précise Marshall.

Être responsable de ses émotions

De plus, quand vous attendez des excuses d’autrui, vous le rendez responsable de votre état. Bert Hellinger aime citer Jésus sur la croix qui n’a pas lui-même pardonner et qui a dit :

Père, pardonne-leur , car ils ne savent ce qu’ils font. Luc 23 34

Ainsi, vous évitez un jeu de victime et de persécuteur pour être dans une relation d’adulte où chacun est responsable de ses émotions et où la demande est claire.

Expiation et réparation

La question est “que faire ?” Que pouvons-nous faire pour réparer si nous en avons envie ? C’est le principe de la justice réparatrice : vous pouvez proposer une réparation pour rétablir l’équilibre dans la relation. C’est ce que préconise Bert Hellinger, qui a développé les constellations familiales et qui a mis à jour ce besoin essentiel pour maintenir un ordre systémique.

Passons à notre exemple…

Je suis triste de ne pas avoir contribué à ton bien-être

La plupart du temps, nous regrettons de ne pas avoir contribué au bien-être d’autrui. Il est possible d’aller plus loin en cherchant directement le besoin insatisfait à l’origine du malaise d’autrui. Voici notre exemple :

Regrettant de ne pas être la marraine d’un enfant, j’ai été déclarée marraine d’une petite biquette naine qui venait de voir le jour dans l’étable de mon beau-frère. Puis, j’ai dit à ma sœur que j’étais contente d’être la marraine d’un biquette. Et j’ai réalisé ensuite qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant…

Recherchons les besoins : ceux satisfaits et insatisfaits chez la marraine de la biquette, celui insatisfait chez la soeur. Nous ne nous attarderons pas sur ceux de la biquette ou du beau-frère.

Les beaux besoins d’humour et d’empathie

En disant qu’elle était contente d’être la marraine d’une biquette, l’auteur des paroles satisfaisait un besoin d’humour et peut-être de légèreté.

En “regrettant” l’avoir dit, elle s’est rendu compte qu’un besoin de sa soeur n’avait pas été rempli. Quel est-il ? Un besoin d’empathie ? Sûrement, mais quel est son besoin qui n’est pas rempli quand elle pense ne jamais pouvoir avoir d’enfant ? A mon avis, il peut y en avoir deux : un besoin de donner du sens à sa vie et un besoin de “féminité“, de se sentir femme. Ce deuxième besoin est courant chez les femmes qui adoptent. Il est important pour elles de se sentir femmes, même si elles n’ont pas d’enfant. La façon la plus simple de le remplir est d’imaginer une lignée maternelle ou de demander à son partenaire des signes de reconnaissance de sa féminité.

Rétablir un certain équilibre en osant dire

Si l’auteur des paroles veut rétablir un certain équilibre, elle peut dire, tout en se sentant innocente de la réaction de sa soeur :

J’ai l’impression que tu étais triste et légèrement en colère quand je t’ai dit que j’étais contente d’être la marraine d’une biquette. J’y pense encore maintenant en me disant que je pourrais faire éventuellement quelque chose pour toi pour que tu ailles mieux. Comment c’est pour toi quand je te dis cela ?

Et aller directement dans le besoin insatisfait, en précisant éventuellement son intention préalablement.

J’ai l’impression que tu es toujours triste ou en colère quand le fait d’avoir des enfants est évoqué. J‘aimerais contribuer à ton bien-être pour que tu sois en paix avec ce sujet. Serais-tu OK de l’évoquer avec moi afin de trouver ton besoin insatisfait ?

Puis, si l’accord est donné :

Si tu avais des enfants, est-ce que cela donnerait plus de sens à ta vie ? Te sentirais-tu plus femme ? Ou est-ce autre chose ?

Quand elle ose dire, consciente de la vie de sa soeur derrière sa réaction, elle lui montre la voie d’une communication bienveillante dénuée de jeu dramatique où l’on accuse l’autre d’être responsable de son état. Il est important de comprendre que la réaction de la soeur vient d’un de ses besoins insatisfait et non de ce qu’elle a entendu.

En résumé, “Enjoy the pain” et contribuer éventuellement

Quand vous regrettez ce que vous avez dit ou fait à autrui, célébrez le besoin que vous avez satisfait et faites le deuil de celui que vous n’avez pas rempli. Puis, osez dire ce qui est vivant en vous à votre interlocuteur si vous voulez rétablir un certain équilibre et si votre interlocuteur accepte votre proposition. Dans tous les cas, cultivez votre besoin de légèreté, nécessaire quand un jeu dramatique de victime ou de persécuteur est à l’affut. Comme le dit une chanson que Marshall aimait citer :

Sticks and stones may break my bones but names will never hurt me. Les bâtons et les pierres peuvent me briser les os, mais jamais les insultes.

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