Etes-vous une victime, un sauveur ou un persécuteur ?

Connaissez-vous la dynamique de groupe la plus courante ? Celle du triangle infernal ? De victime, persécuteur et sauveur ?

On l’appelle aussi le triple moi, titre d’un livre de Gysa Jaouy…

Voici un exemple vécu :

Pendant le premier tour de ronde d’un groupe de communication non violente, où chacun est censé exprimer sa demande, un participant (A) parle pendant 5 mn sans formuler de demande précise. L’animateur (B) lui rappelle l’objectif de la première ronde et lui demande s’il a envie de travailler sur un thème précis. A ne répondant pas, B dit : « je vais passer à la personne suivante ». A ne réagit pas.

Quand c’est le tour du participant C de parler, il dit à l’animateur « je trouve que tu es passé un peu vite avec A, il avait peut-être quelque chose à demander… »

Nous sommes en présence d’un triangle infernal…

A est la victime, B est le persécuteur et C le sauveur. Voici le scénario de chacun si le jeu continue…

  • A peut répondre au scénario « A quoi bon ?, je ne peux pas me faire aider ». Et il entretient le flou sur sa demande.
  • B peut penser « il est inutile d’aider autrui, cela se retourne toujours contre moi ». J’ai des irresponsables en face de moi.
  • C pense : « Dans un cercle de CNV, il est du devoir de l’animateur de prendre soin des besoins de chacun ». Et celui-là ne le fait pas.

En réalité, C, sauveur de A, est le persécuteur de B, au nom de sa bonne conscience. Il fait appel à une règle « l’animateur doit… » pour « le mettre sur la sellette ». Bert Hellinger le précise :

On ne fait jamais appel à sa bonne conscience pour faire le bien.

Eric Berne, l’inventeur de l’analyse transactionnelle, appelle le scénario du sauveur « I got you SOB » Je t’ai eu, fils de… Il le fait de manière innocente. Pour Eric Berne, l’objectif de ces jeux est de se rassurer et d’éviter l’intimité.

D’autres exemples

Les exemples sont nombreux et j’en sélectionnerai deux. Les cercles d’aide et de justice sont propices à de tels jeux que l’animateur se doit de connaître et de rendre la règle de fonctionnement transparente.

Sur Internet

Nous pouvons avoir le même scénario, un peu plus léger, avec 3 personnes sur un forum d’internet :

  • A, 12 ans, demande de l’aide sur un forum psy.
  • B donne un conseil à A.
  • C intervient et dit « Bravo pour tes explications, mais là, tu les adresses à une pré-ado de 12 ans ! »

En faisant ainsi, C persécute B en se présentant comme le sauveur de A. En faisant appel à une règle implicite « Il ne faut pas… à quelqu’un de 12 ans ».

La justice

La justice actuelle commune relève du même scénario.

  • A est le persécuteur de B.
  • B va en justice et A est condamné.
  • La justice est persécutrice de A qui devient victime.

A-t-on résolu quelque chose, réparé et construit pour l’avenir ? Non, nous perpétuons la source du problème, l’inhumanité, en faisant appel à une règle « il est interdit de ».

Dans le cadre de la justice réparatrice, nous donnons l’occasion au persécuteur de réparer directement l’injustice faite à la victime et d’être réintégré.

Comment sortir du cercle infernal ?

En restant centré sur ses besoins et sur la responsabilité de la demande….

  • La « victime » prend la responsabilité de sa demande.
  • Le « sauveur » respecte l’autonomie de la victime et exprime clairement son intention, son besoin et sa demande à qui il veut.
  • Le « persécuteur » respecte la victime. Il prend la responsabilité de son acte, s’il est réel, et de la réparation éventuelle.

Comme vous l’avez remarqué, le pseudo sauveur est le persécuteur. Attention toutefois, il peut être dépassé par une victime « professionnelle », qui persécute ses amis en faisant appel à eux sans exprimer sa demande et en rejetant toute aide. Son scénario Oui, mais » a été l’objet d’un très bon film avec Gérard Jugnot et Emilie Dequenne comme acteurs.

A lire

Sur l’analyse transactionnelle, lisez l’excellent livre de Claude Steiner, disciple d’Eric Berne, Des scénarios et des hommes : Analyse transactionnelle des scénarios de vie et qui a aussi écrit une bande dessinée Le conte chaud et doux des chaudoudoux que je vous recommande.

A vivre

Cette dynamique de groupe est très subtile et très courante. Si vous avez d’autres exemples, donnez-les en commentaires.

33 réflexions au sujet de « Etes-vous une victime, un sauveur ou un persécuteur ? »

    • Superbe question ! Le sauveur a besoin de contribuer au bien-être d’autrui, la victime a besoin de soutien et le persécuteur a besoin d’amour. Et tous ont besoin d’équilibre. Qu’en penses-tu ?

  1. Je ne vois pas pourquoi le persecuteur aurais besoin d amour plus que les autres.
    Je pense que le persécuteur est un Parent Normatif, le sauveur un Parent nourricier et la victime , un Enfant . Le tout selon l AT.
    Sortir du triangle dramatique c est être dans son Adulte.

    Le besoin de chacun est celui propre a sa caractéristique en AT

    La femme qui allaite son enfant est sauveur. Son besoin est de vivre ce pourquoi elle est faite sans doutes comme les autres roles

    Ces relations se vivent tous les jours dans la relation parent/enfant.
    Dans cette relation c est plutôt l enfant qui a besoin d amour.
    Le parent normatif a besoin de s affirmer aux dépens d autrui, le parent nourricier a besoin de donner

  2. Ok, tout le monde a besoin d amour. A part lui, j’ai analysé les besoins en CNV, j’en ai trouvé un seul qui pourrait être imputable a un persécuteur ou dominateur, c’est le besoin d’ordre. Je pourrais essayer de classer les besoins selon les classifications de l’AT, parent, adulte, enfant ou la classification précédente du triangle dramatique.

  3. 1) pour l’ordre : les régimes autoritaires s’appuient souvent sur le besoin d’ordre.
    2) quand tu parles de « sortir du triangle de karpman’ tu ne dit pas comment faire quand l’un tente de sortir et pas les 2 autres. L enjeu qu il y a derrière est par exemple celui de la violence conjugale.
    Christelle Petitcollin a étudié ce point.
    Pour sortir, la victime doit cesser son aspect plaintif et elle doit rentrer en résistance en faisant valoir son bon droit, un peu comme gandhi.
    J’ai ecrit une synthèse sur ces points
    Autre point. A mon avis le triangle infernal est de nature différente selon qu’il est ponctuel ou rémanent (violence conjugale répétée).

    • 1. Le besoin d’ordre est celui évoqué par celui qui veut l’instaurer chez l’autre. Il est responsable de son besoin. Dans les régimes autoritaires, il est « imposé ». De plus, quel est le besoin de celui qui veut « commander » l’autre ? Souvent, de se sentir vivant.
      2. Le premier « truc » est de s’apercevoir que l’on est dans un jeu (cf. L’analyse transactionnelle). Je suis de ton avis quand tu dis que le triangle est différent s’il est rémanent. On ne peut parler de jeu que dans ce cas-là, de scénario de vie, comme en AT.

  4. D’accord pour le besoin d être vivant.
    Le jeu peut être permanent avec ou sans poses
    Peut-être faut-il profiter des poses pour essayer d’en sortir. Car en plein processus, cela ne doit pas être facile.
    Le truc serais de s’apercevoir que l’on est dans le jeu et, EN PLUS, d’en tirer les conséquences : par exemple accommodement, négociation, recours a une médiation, rupture.

  5. je pense que l’un des besoins du persécuteur est : « sens de sa propre valeur, de sa place », besoin selon liste du « centre pour la consommation non violente ». Selon moi, c’est en fait soigner son ego.

  6. je t’accorde que c’est sans doutes le besoin d’etre vivant mais c’est une façon specifique d’etre vivant : « etre vivant en soignant son ego ». je pourrais aussi etre vivant en secourant les autres.
    il serait interessant de hierarchiser ces besoins et de disposer de listes eventuellement mises a jour par rapport à des listes anciennes

  7. des trois modalités du triangle dramatique , celui qui me parait le plus facile d’arreter est celui de sauveteur. en effet il suffit de demander la reciprocité. Par exemple : « Je t ecris , j’attends ta reponse. Je fais un effort pour toi. Tiens justement , il y a l’occasion que tu en fasses un pour moi. »
    A l’aide du de livre de bernard raquin « sortir du triangle dramatique », j’essaie de relier les modalités du triangle à d’autres notions. D’après moi, c’est fou comme ce triangle represente – parfois sous forme benigne – notre façon de fonctionner.

    • Oui, s’il demande la permission et s’il est conscient de ne pas tomber dans un jeu de victime du genre « oui, mais » c’est impossible que je sois sauvé.

    • Le jaloux désire arrêter la relation et essaye d’en rendre responsable son partenaire. Il a surtout besoin de clarté et de connexion avec lui-même.

  8. Je ne comprends pas bien la fin de la phrase. Sinon je comprends que je peux sauver la victime
    1 si elle en est ok
    2 si elle n est pas dans le jeu « oui, mais »

    • Je pense qu’il y a une question de définition. Tu ne peux pas « sauver » la victime. Tu l’aides. Sinon, je suis d’accord sur les 2 points.

  9. Un des gros apports de la cnv. Je prends un exemple le jaloux. C’est un sentiment. Il recherche le besoin correspondant
    Supposons qu il trouve su il a besoin d être rassuré. (La jalousie ne serait pas fondée sur des faits averes). Le fait qu il identifie le besoin caché derrière son sentiment a déjà un effet reparateur. Ensuite, il a plusieurs solutions. Je pense à celles du blog espere :
    Accepter la situation
    – Accepter
    – S’écouter
    – La suite vous appartient
    Qu’en penses-tu ?

    • Je ne pense pas que la jalousie soit un sentiment. Le sentiment serait plutôt de la tristesse ou de la colère.
      Accepter, s’écouter et… C’est là qu’une méthode apporte quelque chose (CNV ou Espère). Je dirais que la première chose à faire et de s’arrêter, faire une pause pour pouvoir s’écouter et chercher son besoin.

  10. Peux-tu mieux expliciter en quoi le fait de connaitre ses besoins est réparateur. Cela ne va pas transformer la situation par l’opération du saint esprit. Ne pourrait-on pas dire que, a contrario, ne pas connaitre ses besoins c’est être comme un cheval qui courrait avec des œillères ?

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